9 juin 2014

[Fr] L'appel de la petite balle jaune ¤ [En] The Call of the Little Yellow Ball

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En temps longtemps, mon truc c’était ni l’écriture, ni la lecture et encore moins l’anglais, mais c’était bien le tennis.
Mon plaisir, c’était de frapper dans la petite balle jaune, en déversant toute ma hargne dans chacun de mes coups ; et à l’époque, c’était gare au coup droit et gare au slice.

J’ai eu ma première raquette à 6 ans – à l’époque, j’étais en Guyane. Première médaille à 8 ans. Première coupe à 12 ans – j’étais alors en Bretagne.

A 14 ans – alors en banlieue parisienne, je me souviens avoir pleuré dans mon coin après la défaite de Martina Hingis en finale de Roland Garros contre Steffi Graff. J’en ai même fait un petit strip de 3 vignettes – la seule fois où je me suis risquée à le faire.

A 15 ans, je me souviens que je prenais un malin plaisir à me mesurer aux garçons et à les battre en EPS. Je me souviens aussi que ces mêmes garçons ont commencé à me surnommer Amélie.
Au début, je pensais que c’était un compliment. Excellente joueuse, n°1 française, n°16 mondiale – je ne voyais franchement pas comment je pouvais le prendre autrement que comme un compliment. Mais j’étais encore bien naïve !

In time long ago, neither writing nor reading was my thing, the English language even less, but tennis sure was it.
My pleasure was to hit the little yellow ball, discharging all of my aggressiveness in each and single one of my shots; and  at the time, it was beware the forehand and beware the slice.

I got my first racket at age 6 – at the time, I was in French Guiana. First medal at age 8. First cup at age 12 – I was then in Brittany.

At age 14 – then in Parisian Suburbs, I remember having cried alone by myself after Martina Hingis got beaten by Steffi Graff in the final of Roland Garros. I even draw a three-vignette comic strip about it – the one and only time I ventured to do so.

At age 15, I remember that I was getting a sneaky pleasure pitting myself against boys and beating then in PE. I also remember that those very boys started to nickname me Amelie.
At first, I thought it was a compliment. Wonderful tenniswoman, French n°1, world n°16 – I honestly couldn’t see how I should have taken it as anything but a compliment. But I was still quite the naïve!


Autant ma vie de fille de militaire m’a enseigné pas mal de leçons sur la différence, autant celle-ci a été particulièrement difficile à avaler.

J’ai peut-être même eu plus d’admiration et de respect pour cette joueuse – Amélie Mauresmo – depuis que j’ai compris que le surnom était censé me rabaisser.

‘Fin bref.
My life as a military’s daughter taught me quite a few lessons on difference, but this one has been particularly difficult to swallow.

If anything else I have been admiring and respecting this tenniswoman – Amelie Mauresmo – even more from the moment I understood the nickname was supposed to diminish me.

Whatever.



A 16 ans, à me servir du tennis comme d’un défouloir, à frapper la balle comme une brute, est arrivée ce qu’il devait arriver, je me suis blessée. Epaule immobilisée pour plusieurs mois, douleurs au moindre geste répétitif pour séquelles, docs incapables de trouver ou de comprendre ce que j’avais, un défouloir qui m’était arraché sans espoir de retour à la normal – des rêves et des espoirs fous brisés.

Je ne suis pas sûre que mon entourage ait réellement compris à quel point cela m’avait atteint à l’époque.

A cet âge-là, on ne relativise pas, on prend tout à cœur. J’ai arraché les posters de tennis de mes murs ; ajouté à d’autres évènements douleurs de l’époque, c’était la goutte de trop.

Après une année, j’ai arrêté de suivre le tennis ; si on abordait le sujet j’en changeais ou je sortais. Pourquoi remuer le couteau dans la plaie ?

Amère, ça oui je l’étais. Mais en même temps, sans cet accident je n’aurai pas cherché à me défouler autrement que sur un terrain de tennis, je ne me serais sûrement pas intéressée plus que ça à la langue française, et il y a fort à parier que je ne me serais pas mise à rêver de voir mon nom sur les étagères d’une bibliothèque.

At age 16, by dint of using tennis as an outlet, by dint of hitting the ball with brute strength, what should have happened happened, I got hurt. Few months of a shoulder immobilized, pain at each and every single repetitive gesture as after-effect, docs unable to find or to understand what I had, an outlet wrung out of me with no hope of return to normal – crazy dreams and hopes shattered.

I’m not sure my relatives really understood how deeply it got to me at the time.

At such an age, there’s no keeping things in perspective. I ripped the tennis posters of my walls; in addition to some others painful events of the moment, that was the last straw.

After a year, I stopped watching tennis; if the subject was brought up I would switch for another or leave. Why rubbing it in?

Bitter, you bet I was. But at the same time, without this accident I wouldn’t have looked for another outlet outside of a tennis court, I most likely wouldn’t have been really interested in the French language, and odds are I wouldn’t have dreamed about seeing my name on the shelves of a book-case.

Cette année, c’est la première fois en un peu plus de dix que je regarde Roland Garros. Premier tournois de tennis que je suis. Aucun pincement au cœur – l’épisode est encaissé et accepté – juste un brin de nostalgie et de l’émerveillement devant les coups réalisés par certains joueurs du circuit.

Je ne pourrais plus frapper dans la balle comme je le faisais avant, je ne suis pas sûre que je me risquerai à faire un service autre qu’un service à la cuillère ou que je pourrais jouer plus d’une heure sans réveiller cette vieille douleur dans l’épaule.

Mais ça serait chouette de pouvoir titiller la petite balle jaune de nouveau…

This year is the first time I watch Roland Garros in a little over ten years. First tennis tournament that I watch. No lump in my throat – the episode is stomached and accepted – just a little bit of nostalgia and wonder at the shots realized by some of the pro players.

I couldn’t hit the ball like I used to anymore, I am not sure that I would risk myself to serve any other way than underarm or that I could play for more than an hour without reviving this old shoulder pain.

But titillating the little yellow ball again, that would be nice…

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